Description du projet

Véronique Dham & Pierre Darmet

Véronique Dham:
Fondatrice et présidente de l’Agence Gondwana
Directrice du département Biodiversité et Biophilie à ARP-Astrance / Responsable Marketing et Innovation des Jardins de Gally, partenaire de Bouygues Construction

Pierre Darmet :
Secrétaire Fondateur du Conseil International Biodiversité et Immobilier (CIBI)

« La mise en place de solutions pour impliquer les citadins dans la Nature est aujourd’hui incontournable. »

 

Depuis quand s’observe l’émergence de l’Agriculture Urbaine dans les projets urbains ?

Après l’émergence de la biodiversité urbaine en 2010, à la faveur de l’année internationale qui lui était consacrée, le sujet de l’Agriculture Urbaine est l’objet depuis près de cinq ans d’une attention croissante des acteurs de l’aménagement et de la construction. Biodiversité, paysages comestibles, production de lien social et pédagogie ou véritables modèles économiques – nous ne savions au départ pas dans quel champ d’action inscrire ce courant. De plus en plus, à force de pédagogie et notamment d’initiatives pour nommer les différentes « nuances de vert » (en référence à l’article du Monde consécutif à la publication du palmarès de Réinventer Paris), comme Les 101 Mots de l’agriculture urbaine, la différenciation entre les notions et les « hashtags » #agriculture urbaine #paysages comestibles, #biodiversité urbaine / nature en ville s’opère peu à peu.

A quels enjeux répond-t-elle ?

E. O. WILSON, écologue et l’un des pères fondateurs de la biodiversité, a défini il y a plus de trente ans la biophilie comme « Un penchant naturel, instinctif, qui nous pousse à nous intéresser à la vie […] et rechercher un contact authentique ou dérivé, mais intime, avec le vivant dans ses différents niveaux d’expression ». Connecter les citadins à la nature, même sous des formes dérivées, est un enjeu crucial : plus l’on vit connecté à la nature, au plus près de nos lieux de vie, plus on respecte les écosystèmes qui nous sont parfois abstraits car lointains.

L’Agriculture urbaine au sens large et la Nature en ville répondent à des enjeux de biophilie : le premier enjeu est d’aider les urbains à développer un contact avec la Nature, sous toutes ses formes.

En France, l’objectif actuel de l’Agriculture Urbaine n’est pas tant de créer des systèmes productifs agricoles en centralité urbaine que d’impliquer les citadins dans toutes les étapes de développement du végétal, de la graine au fruit, et ainsi de rappeler à chacun les modes de productions des denrées premières que l’on utilise au quotidien.

« Cet axe de pédagogie et de sensibilisation est l’objectif numéro 1. Nous incitions les citadins à devenir acteurs, à participer. »

Qu’il s’agisse de paysage d’intérieur, de végétalisation du bâti, de jardins sensoriels et nourriciers, ou encore de dispositifs d’accueil et d’observation de la faune, les formes que revêt le vivant en ville sont de plus en plus nombreuses, grâce à de nouvelles collaborations entre les paysagistes, les écologues, les architectes et les designers.

Ce mouvement est évidemment conjoint à une préservation de la biodiversité, dans la mesure où les différents acteurs intervenant dans ce champ d’action proposeront toujours des solutions en phase avec Le développement de la faune et de la flore.

Le succès d’aménagements comme le Bureau fertile© ne résulte pas seulement d’un intérêt technologique – un bureau en extérieur, végétalisé, autonome et connecté – que de l’incitation à sortir de son contexte routinier. Le taux d’occupation du Bureau fertile© installé à Challenger et la nature des rendez-vous qui s’y tiennent témoignent du potentiel de nouveaux usages liés à la nature en ville.

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Millions de personnes impliquées à l’échelle mondiale dans l’agriculture urbaine et péri-urbaine
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Hectares de surface d’initiatives d’agriculture urbaine en Ile-de-France
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Hectares de Surface que la ville de Paris dévolue à l’agriculture urbaine d’ici 2020

Quels sont les acteurs des « Projets Fertiles » ?

La Nature en Ville et l’Agriculture Urbaine regroupent des acteurs d’horizons et d’approches complémentaires. Il est formidable de noter l’émergence d’une nouvelle filière :

  • Des paysagistes concepteurs, des architectes et des écologues urbains ouverts au dialogue, qui conçoivent les projets dans de nouveaux équilibres entre esthétique, usages et biodiversité
  • Des agronomes et des chercheurs en agronomie et en horticulture, qui développent des solutions innovantes et technologiques, pour faire croitre des végétaux et récolter des fruits et des légumes en ville, dans des conditions qui sont a priori défavorables au développement du vivant. Il en est ainsi des systèmes de végétalisation verticale et des systèmes de culture hydro- / aéro- / aqua-poniques, portés par des start-ups comme des entreprises séculaires.
  • Des jardiniers d’un genre nouveau, qui deviennent tout autant animateurs d’espaces urbains vivants qu’agents de la maintenance des « espaces verts », aidés par des professionnels du marketing, qui voient en ce secteur un moyen de fédérer, de faire du team building, de rende le quotidien plus agréable, aux côtés des directions de la Communication et des Ressources humaines

A ces acteurs opérationnels, il convient évidemment d’associer les acteurs de la construction et de l’immobilier. C’est grâce à des maitres d’ouvrage convaincus que naissent les projets, qui trouvent leur concrétisation dans une collaboration étroite entre la construction et le paysage.

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Et comment se positionnent les acteurs publics face à ce sujet ?

Depuis près de trente ans, les villes opèrent une mue en faveur de nouveaux équilibres naturels en ville. Orléans, Rennes puis Nantes ont été les pionniers de la gestion différenciée et plus récemment d’une végétalisation participative impliquant les citoyens.

Ce qui est nouveau, c’est l’intervention forte des collectivités à l’échelle de l’ilot bâti, à laquelle semblent se réinventer le visage des villes.

La Ville de Paris affiche des objectifs très ambitieux en termes de Nature en Ville et d’Agriculture Urbaine, en s’appuyant sur le bâti : elle prévoit de végétaliser une centaine d’hectares de toitures et de façades d’ici 2020, dont 1/3 consacrés à l’Agriculture Urbaine. Pour cela, elle a placé la biodiversité et l’agriculture urbaine au cœur de ses appels à projets. Elle a créé une charte des 100 Ha, engageant les maitres d’ouvrages et lancé des opérations de mobilisation du foncier et des acteurs comme les Parisculteurs. Elle a affirmé son soutien à la dynamique à l’échelle de l’ilot bâti en intégrant la gouvernance du CIBI. Des dynamiques similaires s’observent dans toutes les grandes villes et non seulement dans la capitale.

Les initiatives lancées par les collectivités publiques reçoivent en permanence une réponse positive des acteurs cités précédemment mais aussi des acteurs de l’immobilier qui proposent leur patrimoine pour accueillir ces nouvelles démarches.

Ce sont finalement les collectivités qui sont à l’origine de l’engouement du secteur privé pour ces questions, et ce, avec des objectifs sociétaux partagés : aider le citoyen à se sentir mieux, à retrouver un sens et un contact avec la nature, à redécouvrir l’agriculture.

Et quels sont les objectifs sociétaux à long terme ?

Penser la présence Nature en Ville dans un nouvel équilibre favorisant son contact avec les citadins et le développement de la biodiversité permet de créer de nouveaux liens, avec le vivant, apaisant, et entre les citadins, autour de projets fédérateurs et identitaires pour un quartier. Le développement de paysages comestibles et sensoriels permet une réappropriation des cycles du vivant et une sensibilisation aux enjeux de qualité des sols, de l’eau et des modes de production alimentaires.

Plus loin, à la faveur du retournement foncier de friches périurbaines, permettant l’installation d’exploitations agricoles en toute proximité des centres et avec la création de hubs intra-urbains dédiés à l’acheminement des productions en circuits courts, une véritable agriculture urbaine pourra se développer.

« Le but est de repenser le système agricole dans son ensemble en plaçant le consommateur comme acteur du changement. »