Description du projet

Bruno Marzloff

Sociologue, prospectiviste et fondateur du Groupe Chronos

« Le travail fordiste s’éteint, il devient labile. »

 

La ville des « sans bureau fixe »

Depuis quelques années, une rupture s’est insinuée qui fait glisser le monde du travail d’un modèle fordiste collectif, rigide, rythmé et cloisonné, à un modèle flexible, autonome, agile et précaire -tant au plan spatial et temporel qu’organisationnel. Dans une réalité où 84% des embauches se font en CDD, où les commuters de la seconde couronne passent 2h20 en transport, et les auto-entrepreneurs se comptent en million, les acteurs du monde du travail doivent revoir leur copie.

Les villes, les institutions et les entreprises doivent écouter et épouser ces comportements émergents : hypermobilité, télétravail, coworking, horizontalité des organisations, porosités entre vies professionnelle, sociale et personnelle, irruption massive des réseaux sociaux. Bref, il s’agit de penser des infra/info structures aussi agiles que les salariés d’aujourd’hui. Elles doivent aussi accompagner la mobilisation des outils et des applications servicielles du numérique d’une part et, d’autre part aux organisations spatiales et temporelles bouleversées. Cela vaut pour le monde de l’immobilier invité à imaginer le monde agile et serviciel qui accueillera ces modes de vie.

« L’immeuble de travail n’est plus ce bunker qui se défie de la ville : il participe de la vie de la cité. »

 

Pour héberger ces formes singulières de travail, des lieux inédits apparaissent et ceux qui existent se repensent, à la fois dans un souci d’optimisation des espaces, pour valoriser les qualités nouvelles du travail et ses sociabilités, et répondre ainsi à une demande radicalement neuve. L’immobilier de bureau bascule dans l’immobilier du quotidien. Il se déplace, il intègre et gagne en mixités sociales et fonctionnelles, il se pense en services. Cet immobilier se décline dans des formes plurielles dont nous ne voyons aujourd’hui que les esquisses : télécentres, espaces de coworking, centres d’affaires mais aussi incubateurs, pépinières, ou encore fablabs, … pour répondre à une diversité de population au travail, et à des requêtes variées, variables et évolutives, et à une autre économie. Le lieu de travail accueille des pairs, des visiteurs mais aussi des riverains, des chalands, forgeant d’autres injonctions à ceux qui concoivent, construisent, animent et gèrent ces espaces.

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des actifs travaillent en dehors des lieux et temps normés
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des cadres français font leurs réunions en déplacement ou dans un café, plutôt que dans leur bureau, en 2015
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des français covoiturent régulièrement en 2014

Vers de nouvelles mobilités

Après des décennies d’étalement des villes, l’augmentation insoutenable des distances domicile/travail a exacerbé les difficultés des travailleurs et, dans le même temps a dissout l’urbanité des sites urbains périphériques d’où ils procèdent de plus en plus. Leurs exigences poussent les acteurs de la ville vers un surcroît de proximité et de services, et à d’autres équilibres métropolitains. La délocalisation du travail s’accompagne aussi de la construction d’autres temporalités. Quand 42% des actifs (étude “Mobilités émergente” Chronos/Obsoco) déclarent avoir l’occasion de travailler à domicile hors des heures normées du travail, il faut entendre les services que cette nouvelle organisation nécessite.

Les modes de transports classiques, et au premier chef la voiture particulière, sont contestés. Le migrant du quotidien entend “voyager léger”. On leur préfère des modes en partage, plus efficients, et économiques et moins polluants. Cette démarche est en ligne avec une gestion raisonnée des ressources.

« L’extension des villes se résout en une thrombose, une démesure qui échappe aux maîtrises d’usage et se conclut dans une perte de contrôle. »

 

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La réussite de Blablacar est le symptôme des maîtrises que revendiquent les usagers. La plateforme de covoiturage revendique un taux d’occupation des autos 2.5 fois plus élevé que la moyenne. L’autopartage permet quant à lui d’optimiser le taux d’utilisation (5% en moyenne pour une voiture particulière !). Conjuguées à l’essor des mobilités douces, ces solutions créent de multiples alternatives pour une même occurrence. Les citadins deviennent « hyper-agiles ». Ils combinent les modes accessibles et optimisent leur temps et leur confort de trajet, et mobilisent le télétravail pour éviter certains déplacements. Cette conjugaison habile de transport de pair à pair, de transport à la demande avec les offres publiques classiques, voire avec de la non-mobilité ouvre la voie à des stratégies singulières. Elles sont maintenant mises à profit par les promoteurs qui intègrent par exemple l’autopartage dans l’offre immobilière pour éviter d’avoir à construire des parkings.

« L’avenir du transport collectif, c’est la voiture. »

 

Car l’émergence de tiers-lieux fait partie de leur trousse à outils. Relais des fonctions du quotidien, jalonnant les parcours et rythmant les proximités ils limitent les mouvements superflus, ou autorisent une gestion moins contrainte. Un autre glissement s’opère progressivement d’une mobilité subie (contraintes sur le mode, les horaires, les destinations) à une mobilité choisie.

L’enjeu est aujourd’hui d’inscrire ces évolutions dans les villes, de formuler des offres à la mesure des agilités de la demande; celle des entreprises et celle des travailleurs. C’est dans l’hybridation “intelligente” (c’est-à-dire avec un recours pertinent du numérique) des lieux, des aménagements d’espace fluides, d’architecture du temps aussi, sans oubler la génération des services, et de mobilités intégrés que la filière immobilière formulera demain des réponses constructives.