Description du projet

Alexis Lefebvre

Chef de Projets Agriculture Urbaine, au Bureau d’Etudes de Gally, notre partenaire Bouygues Construction

« Cela ne veut pas dire qu’une filière productive ne se développe pas en parallèle. »

 

Une offre d’aménagement à allier à une offre de services dans les quartiers

L’échelle de quartier est pertinente car l’agriculture urbaine est un prétexte pour parler de plusieurs sujets sous-jacents sur le thème de la résilience. Le premier sujet est le déchet, premier maillon de collecte et de transfert de la fertilité organique. L’agriculture urbaine devient une raison pour avoir envie de faire du tri à la source et d’organiser ton compostage : en l’exportant et en le réimportant, ou en organisant à l’échelle du quartier des démarches comme le bio-compostage structurées autour d’un métier. Le second sujet est le social : en intégrant de l’agriculture urbaine à l’échelle d’un quartier, nous atteignons une masse critique de population suffisante pour commencer à réellement créer du lien. Enfin, l’échelle de quartier va l’installation d’une filière professionnelle du fait d’une surface qui peut alors être dévolue à la gestion d’un professionnel.

Quelles sont les diverses formes sous laquelle se manifeste l’agriculture urbaine dans un quartier ?

Aujourd’hui la forme dominante d’agriculture urbaine est sociale. Ce sont des formes productives mais dont la vocation est prioritairement celle du partage et d’échange, et non aménagées dans une optique de produire pour vendre. Nous réfléchissons avec les usagers et ces derniers, en se projetant dans cette activité, pensent d’abord à un loisir, à un espace récréatif, avant de visualiser un espace pour son alimentation.

Cela ne veut pas dire qu’une filière productive ne se développe pas en parallèle. Mais ça prend plus de temps et mobilise d’autre typologie d’acteurs comme les maraîchers périurbains pour qui cela est le métier.

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kg/an de produits frais horticoles qu’il est possible de produire en milieu urbain
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M€ de chiffre d’affaires généré par les 33 projets sélectionnées dans le cadre de l’appel à projet des parisculteurs
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hectares d’espaces privés non bâtis à Paris repéré par l’apur en tant que terrains potentiels pour accueillir de l’agriculture urbaine

Quel est le modèle économique de ces agricultures urbaines ?

L’agriculture urbaine prend tout son sens lorsque nous arrivons à la rendre multifonctionnelle. Associer en proximité immédiate une activité de production destinée à la vente à des métiers de services : pédagogie au jardin et location de potagers, etc. Les acteurs et les métiers sont imbriqués entre eux. Une filière émerge et les acteurs privés et associatifs sont complémentaires.

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Nous observons donc deux courants conjoints : les métiers de service et la production en circuits courts. L’un est-il plus tendanciel que l’autre ?

Ces deux courants sont cousins. Faire des villes vertes est une tendance sociétale ancrée nécessaire actuellement du fait d’un désir, même d’un besoin, de l’amélioration du cadre de vie du citadin, et qui vient à contre-courant en tant que réponse au tout-numérique. Concernant la consommation à l’échelle locale, nous sommes aussi sur une tendance de fond. Mais y arriverons-nous ? Et à quel prix ? Une alimentation locale et respectueuse de l’environnement ? Oui, mais la question de l’échelle est à interroger et à définir. L’échelle locale est très relative. De plus, la marque de confiance est à développer.

« La confiance que le consommateur accorde dans son produit : pour sa qualité et les conditions de sa production, peut l’amener à pérenniser les circuits courts en payant plus pour améliorer sa propre consommation. »

 

Les usagers d’un tiers-lieu acquièrent le réflexe de faire appel à la communauté pour trouver une solution à des petits problèmes quotidiens. Ainsi, l’échange d’outils, de connaissances, de compétences, est facilité et chacun sait où trouver de l’aide si besoin est.

Le monde agricole a un travail à faire pour redonner confiance dans son acte de produire. Cette confiance est actuellement véhiculée par les AMAP et demain les courants mainstream de distribution y arriveront aussi car le schéma actuel n’est plus souhaitable.

Au-delà du rapport de confiance et de solidarité entre les citadins et le monde agricole, l’agriculture urbaine véhicule-t-elle aussi de la solidarité entre les citadins ?

Cela dépend énormément de la catégorie socio-professionnelle. Les citadins ne viennent pas nécessairement sur leur parcelle de jardin partagé pour créer du lien social. Les citadins profitent des jardins partagés car ils ont envie de faire un projet de famille, avec leurs enfants. Le voisin reste le voisin et cela peut parfois créer des conflits. Les citadins viennent en second lieu pour les liens qu’ils tissent, et seront très fiers de le partager, de le revendiquer, mais ce n’est pas leur priorité.

« Cela peut être une des raisons pour lesquels ils restent, mais ce n’est pas la raison pour laquelle ils viennent. »

 

Y a-t-il un nouveau métier qui se crée avec le développement de l’agriculture urbaine et quel est-il ?

Nous sommes en train de créer de nouveaux espaces dans les quartiers, sans être sûrs de savoir comment ceux-ci seront maintenus. Il faudrait un métier au sein duquel nous faisons de l’accompagnement. Le jardinier introverti d’aujourd’hui, qui n’est pas forcément dans le partage, devra réussir à créer de l’animation en permanence pour entretenir avec les habitants. Nous ne pouvons pas imposer aux citadins d’aimer le jardinage. Cela doit rester un loisir. Cependant le risque n’est pas énorme car un espace vert est toujours réversible. L’avantage de l’agriculture urbaine est qu’elle sanctuarisera ces espaces verts en tant que tels, quel que soit l’évolution du programme.