Description du projet

Chloé Sanson

Co-fondatrice Avec Alice Mahin et Céline Aubernias de l’Atelier Roberta, lauréat des AJA P 2012, Albums des Jeunes Architectes et Paysagistes

« Il y a un phénomène de compensation, presque une fatalité, qui se met en place qui nous pousse à investir les toits. »

 

Une programmation réversible au service de la biodiversité

En tant que paysagistes, nous essayons d’intégrer au plus tôt dans les équipes pour garantir la question du sol qui garantit les conditions d’un paysage de qualité. Nous sommes souvent invités à investir les toits car les sols sont occupés par le bâti, les parkings, etc., et en tant que paysagistes, nous avons cette quête de la pleine terre. Nous nous rendons compte au fil des projets que nous menons que le sol disparaît, que nous devons fabriquer de nouveaux sols, de nouveaux substrats.

En tant que paysagiste, comment abordez-vous le champ de l’agriculture urbaine ?

Mais cette compensation n’est pas ouverte à tous. En effet, les toitures sont souvent des lieux privés ou dédiés à une communauté. Ce sont des lieux que nous allons apercevoir en levant la tête, mais cela n’est pas aussi accessible que de la végétation au sol.
Cependant cette dynamique est intéressante : elle offre un nouveau champ d’exploration paysagère pour allier une réponse qualitative couplée à l’usage demandé.

Notre intérêt pour la question de l’agriculture urbaine a débuté avec un projet en milieu péri-urbain pour la SAFER Île de France pour réfléchir à des lotissements maraîchers en Île-de-France, du fait d’une disparition des terres agricoles sur ce territoire. Il s’agissait de permettre aux jeunes agriculteurs de s’installer et de maintenir l’intégrité foncière de la ferme et des terres afin d’éviter un émiettement de ces terres agricoles

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DES FRANÇAIS VIVENT SEULS (CE CHIFFRE A DOUBLÉ DEPUIS LES ANNÉES 1970)
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DE LA POPULATION EUROPÉENNE ÉTAIENT EN ÉTAT D’ISOLATION SOCIALE EN 2006
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DES FRANÇAIS N’OSERAIENT PAS DEMANDER DE L’AIDE À LEURS AMIS OU À LEUR FAMILLE

Ce premier projet nous a amené à réfléchir sur le rapport Paysage / Agriculture : comment l’outil agricole peut-être une manière intéressante de gérer des terres et de valoriser le territoire ?

Dorénavant, nous traitons davantage ces questions de manière « super-urbaine » et pédagogique. Il y a 6 ans, nous avons réalisé une installation dans un festival d’art à Amiens, dans les hortillonnages – zone de marais dédiée au maraîchage depuis le XVème siècle. En collaboration avec le maraîcher des hortillonnages, nous avions conçu une installation dont le but était de mettre en évidence le rapport entre surface de terre agricole nécessaire et quantité en production agricole. Pour ce faire, nous avions construit une machine maraîchère, La ZAAPMUQ * zone agricole et artistique de production maraîchère urbaine quantifiée, qui avait pour but de produire, récolter et compter la production. En ce sens, les aménagements paysagers ont aussi une vertu pédagogique.

Cette expérience met en lumière une problématique plus large : l’agriculture, urbaine ou non, est un circuit allant de la production à la distribution dont l’équilibre peut être perturbé. Pour ce projet, nous avions imaginé que le maraîcher pourrait vendre nos légumes et finalement, cela n’était pas possible car nous devenions concurrentiels, nous avons produits tout simplement trop de légumes. Nous pensions alors nous orienter vers des cantines ou des restaurants du cœur mais cela était impossible d’un point de vue sanitaire. Finalement, le chantier d’insertion en charge de la maintenance du site de maraîchage a pu utiliser directement notre production pour leur propre consommation. En somme, cette expérience met en lumière une réflexion plus globale sur l’importance des filières.

Il existe une confusion dans les projets urbains actuels au sein desquels les termes d’agriculture urbaine apparaissent un peu partout. En réalité, tous ne comportent pas nécessairement de projet agricole, certains sont parfois sont des jardins partagés ou pédagogiques gérés par des associations souvent sans vocation économique de production agricole. On ne peut pas vraiment appeler ça de l’agriculture, il s’agit plutôt de jardins.

Dans le cas de productions vendues, il s’agit très souvent de produits particuliers, avec un aspect très qualitatif voir « luxe » ou presque touristique. Il ne s’agit pas de produits de consommation courante. L’agriculture reste un système productif qui est rentable seulement à partir d’une certaine surface. Sur les projets urbains, le gestionnaire aura une fonction principalement d’animateur pour les aménagements dans les logements ou les équipements et sera financé par les charges des propriétaires ou du bailleur.

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Quelles sont les principales problématiques auxquelles vous êtes confrontées sur les projets de logements ou d’équipements ?

Sur ces projets, mis à part les problématiques classiques de conception, les principales problématiques concernent la gestion : qui va le gérer à long terme, qui va assurer la mise en place ?

« Il faut anticiper cette incertitude aussi bien d’un point de vue programmatique et d’un point de vue biodiversité. »

 

Tout le monde veut un jardin partagé, mais il faut l’animer, gérer l’accès, etc. Par exemple, souvent sur les projets de logements sociaux, les bailleurs sont réticents à l’idée de laisser les toitures en self-service. En ce sens, un intervenant extérieur, telle qu’une association, est nécessaire. Il est important de sensibiliser le maître d’ouvrage à cet investissement à long terme dès le début du projet.

De ce fait, il est également nécessaire de prévoir une réversibilité. Cette question de réversibilité, nous allons essayer de la résoudre par le design : des bacs à jardiner qui deviennent des bancs, etc.
Nous ne pouvons pas non plus tout parier sur le bon vouloir des usagers que ce soit dans les logements, pour les jardins partagés, ou dans les écoles, pour les jardins pédagogiques.